Une loi taillée sur mesure ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Hamadou Soulama TRAORE   

 

Pour qu’elle puisse être véritablement appliquée, la loi a été revêtue d’un caractère coercitif. Ainsi, tout parti ou regroupement qui ne respecterait pas le quota de 30%, perdrait 50% du financement public.
Dans le même temps, il est également prévu un bonus de 50% pour ceux qui vont au delà. Norbert Tiendrébéogo du Front des forces sociales (FFS) s’insurge contre cette décision car à ses yeux, les partis d’opposition ont parfois du mal à mobiliser ne serait-ce que 10% de femmes. Pour Abdoul Karim Sango du Parti pour la renaissance (PAREN), plutôt que d’imposer ces quotas, il aurait été plus judicieux de nommer les femmes à de hautes responsabilités afin qu’elles puissent s’y forger de fortes personnalités ce qui serait à même d’induire naturellement leur engagement politique.

Nestorine Sangaré, directrice du Centre de recherche et d’intervention en genre et développement (CRIGED) perçoit pour sa part de nombreuses faiblesses dans la loi. La première faiblesse a trait au fait que le quota proposé n’est pas un quota sur le résultat, mais un quota sur les listes électorales. Or la revendication qui a été faite jusque-là par les organisations féminines était de parvenir à une représentation de 30% au moins dans les espaces décisionnels. En gardant le principe de 30% aux listes électorales, il n’y a pas assez d’avancées, mais plutôt des reculs.

Les partis, en réalité, appliquaient déjà un taux de 25 % pour ce qui est des élections législatives. Pour ce qui concerne les élections communales, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) a appliqué un quota de 50% sur les listes électorales. Si on applique un taux de 30% sur les listes électorales, ce sera une régression au niveau de ce parti politique. Cela va se répercuter sur les résultats à l’issue des élections. L’autre faiblesse c’est que le quota ne vise que les postes électifs. La loi ne fait pas mention des postes nominatifs au sein de l’administration et dans le privé.

En définitive, on se retrouve avec un texte juste bon pour flatter l’égo de certains politiciens en manque de notoriété et pour capter les sous des bailleurs de fonds. On peut alors comprendre l’amertume et la frustration des associations qui faisaient de la question du quota, leur cheval de bataille. La loi s’est trouvée vidée de sa substance réelle. Dans la situation présente, la loi ne contraint les partis politiques qu’à faire figurer des femmes sur les listes ; peu importe si elles occupent les dernières positions ! Le changement escompté n’aura donc pas lieu ! Du moins pas en l’état actuel des choses.

Cela devrait amener les femmes à réfléchir par deux fois pour prendre conscience de leur réel pouvoir plutôt que de servir toujours de « bétail électoral ». Les 50% de bonification paraissent également pernicieux et tendancieux dans la mesure où à l’heure actuelle, seul le CDP peut mobiliser un nombre impressionnant de femmes. Pourquoi un parti devrait-il être récompensé parce qu’il a mis plus de femmes sur sa liste ? Cette pratique peut ouvrir la porte à tous les marchandages et autres dérives. L’équation de la participation politique des femmes est encore à résoudre autant par les intéressées que par les pouvoirs publics. Les quotas n’en sont guère une panacée !

Publication/Par Isaac Konfé

 

Directrice Exécutive

ACTIVITES EN COURS

 

Projet "Genre, santé sexuelle

et de la reproduction des

jeunes en milieu scolaire

au Burkina Faso"

 

Elaboration d'un livret sur la

santé sexuelle et la santé de

reproduction en milieu scolaire

 

Projet "Renforcement de la
participation des femmes
à la Commission de la
Condition de la Femme"

PUBLICATION CRIGED